Vendredi 21 mars 2008

amal.jpg Elle a 32 ans, originaire du Charkia, un gouvernorat au nord du Caire, et elle a été nommée notaire, un poste occupé uniquement par les hommes. La nomination d’Amal Soliman, fait d’elle la première femme "Maazouna" du monde arabe et musulman. Une première qui fait bouger l’Egypte, et crée la polémique

"Ce n’est pas un poste pour les femmes" lance le fonctionnaire au département des maazouns à Amal en rejetant son dossier. Choquée, Amal tente de mieux expliquer son cas auprès du procureur, mais celui-ci lui répond "Je vous conseille de vous rendre au département chargé des maazouns au Caire pour mieux vous informer." 
En fait, parmi les onze candidats présentés, Amal était la plus qualifiée : avec deux diplômes, l’un en droit général, l’autre en droit pénal, et un magistère.
Obstinée, elle avait décidé de se battre jusqu'à la fin puisque la Constitution garantit l’égalité des sexes. Amal n'a pas lâché prise. Elle est maintenant la première maazouna du monde arabe et musulman.


Flash-back : Le maazoun apparaît souvent dans les films arabes anciens : Avec sa Galabeya, son Emma (turban) sur la tête et son carnet dans les mains, il vient réciter les versets du Coran en joignant les deux mains du couple pour finaliser l’union lors des mariages.
Cette image-là n’existe plus en réalité. Sauf que les médias continue à l’utiliser comme une source d’humour. "Les gens ont toujours en tête le Maazoun Azhari. Il s’agit d’une tradition qui date de très longtemps. Et qui n’a rien à voir avec la Charia." explique Taha Al-Ghamri, mari d’Amal et chercheur dans une société d’investissement.
Effectivement, l’oncle de Taha, était maazoun, et lors d’une discussion familiale suite à sa mort, l’idée de le remplacer plaisait à la famille.

Les polémiques se déclenchent
Avec l’aide et le soutien de son mari, Amal a pu obtenir le témoignage de 10 personnes pour affirmer sa bonne réputation, chose requise par la police pour devenir Maazoun. 
Les opposants sont multiples, surtout du côté des hommes. M. Cherif Abdel Meguid, directeur du téléphone islamique des fatwas affirme : "Ca ne me dérange pas d’apprendre qu’une femme devient maazouna, mais il est hors question de lui confier les procédures du mariage de ma fille."
D’autres Cheikhs sont allés même plus loin, surtout ceux d’Al-Azhar, qui voient en la nomination d’Amal une contradiction à l’Islam : "Il n'existe pas vraiment  de textes religieux interdisant à une musulmane d'être maazouna" mais "quand la femme est en période de menstruation, elle n'a pas le droit d'entrer dans les mosquées, ni de lire le Coran."
Par contre, pour Amal et son mari, des opinions pareilles ne servent qu’à refuser aux femmes en tant que femme de changer une tradition ancrée depuis longtemps dans la société.
Déjà, elle souligne le fait que la plupart des mariages ne se déroulent pas à la mosquée. Et les versets du Coran ne constituent pas l’un des éléments essentiels pour faire un mariage.
Pourtant, "Si une certaine famille exige que le mariage soit nécessairement à la mosquée, ce qui est vraiment rare, et que je sois en période des règles, je ferai appel au cheikh de la mosquée pour me remplacer seulement en ce jour-là" conclut Amal.


Nora DARDIR (
www.lepetitjournal.com - Le Caire) vendredi 21 mars 2008

Par Plume de Nora Dardir - Publié dans : Egyptosphère
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 19 mars 2008
Le départ surprise de Essam El-Hadary, gardien de l’équipe nationale égyptienne de football et du club El-Ahly, fait grand bruit en Egypte. Accusé de trahison, El-Hadary est rentré dans son pays pour s’excuser. L’affaire pousse même les responsables à intervenir

Essam.jpg

"Le président égyptien intervient lui-même dans une affaire de foot, c’est une première en Egypte. En effet, nous avons besoin de son aide pour régler d’autres problèmes plus importants", lance l’écrivain Ossama Anwar Okasha.
A 35 ans, le gardien égyptien numéro un Essam El-Hadary quitte son pays sans achever son contrat avec El-Ahly, premier club égyptien.

Essam a décidé de tenter sa chance ailleurs. Sauf que son club, avec qui il joue depuis 1996, n’avait pas approuvé son départ. Par conséquent, El-Ahly dénonce sa fuite. Ses fans deviennent furieux. Et l’affaire occupe toutes les unes de la presse. "La réaction de la presse a fait de cette affaire une grande histoire. Trop de bruit pour rien!" affirme Khouzam, étudiant comorien.
Deux semaines plus tard, l’histoire est devenue une affaire d’Etat. Résultat : El-Hadary rentre dans son pays pour calmer les esprits.
Car les déceptions sont énormes. "Il aurait dû partir pour une somme plus importante. Ou plutôt d'une façon plus respectueuse" affirme Hady Gohar, 25 ans.
Certains fans attendaient El-Hadary à l’aéroport pour le frapper avec des souliers. D’autres ont voulu se venger en cassant et brûlant sa voiture. 

Le pharaon vaut des millions
Il fût un temps, après chaque victoire, les fans d’El-Hadary chantaient "Orous ya Hadary " ("danse Hadary"). Dorénavant ils répètent : "Khayen ya Hadary" ("traître Hadary").
Lors d’un appel téléphonique dans un talk-show, El-Hadary a affirmé qu’ "il ne s’agit pas d’une fuite mais plutôt d’avoir eu une bonne chance à ne pas rater".
Un argument qui ne semble pas convaincre ni son club, ni ses fans. Le problème prend plus d’ampleur et les opinions se multiplient.
Le président Hosny Moubarak, intervient lui-même, incitant le directeur du club El-Ahly "à mettre fin à cette histoire là". De même, la Fifa a envoyé une lettre officielle demandant à El-Ahly d’accorder une autorisation internationale au joueur. 
Par contre, El-Ahly n’a pas encore pris de décision pour régler ce problème. Mais une amende et un arrêt du joueur sont prévus.   
El-Hadary s’est excusé officiellement lors de son retour sur la première chaîne égyptienne. Affirmant qu’il a déjà signé un contrat de trois ans avec le club Suisse "Sion", ce qui n'a pas arrangé son image.
La star égyptienne sera payée 1.250 millions euros pour avoir accepté l’offre suisse. Par contre, le pharaon continue à recevoir des offres plus importantes notamment du côté britannique avec un million de livres sterling. Reste à savoir s’il tiendra sa parole avec Sion.


Nora DARDIR (www.lepetitjournal.com - Le Caire) lundi 17 mars 2008
Par Plume de Nora Dardir - Publié dans : Egyptosphère
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 19 mars 2008
1-copie-3.jpg En Egypte, le nombre de "compounds" privés s’accroît de jour en jour. Réservés uniquement aux riches, ils se multiplient pour isoler leurs habitants autour du Caire. Loin du bruit et du trafic toujours insupportables, la vie semble être très différente dans ces zones luxueuses et très sécurisées

Aller à Katameya Heights, l’une des villes privées du désert, c’est oublier qu’elle est au Caire. Là, tout change : le paysage est parfait, la verdure est partout, et le luxe est garanti. A l’instar des villas des quartiers riches de Californie aux Etats-Unis, celles-là décorent les hauts de Katameya.
Villas ou Palais ? Les deux se confondent.
Certains habitants jouent au Golf, d’autres prennent un thé dans leur jardin. Les arrosages électroniques donnent de la vie aux terrains verts et propres. Le calme règne et la beauté resplendit. Pas une erreur, pas une faille. Chaque détail a son importance. L’image fascine les regards et soulage les âmes.
Ici, les familles ne quittent presque pas la ville -voire le paradis. Ils se connaissent mais ne se mélangent pas, ils ont déjà choisi : ils viennent pour goûter au plaisir de la vie.
Quatre ans déjà que Racha, 37 ans, est venue s’installer avec sa petite famille à Katameya Heights. 

Une ville à part entière
Automatiquement, les Cairotes des classes supérieures se refugient ces temps-ci dans ces villes en périphérie. En effet, plusieurs familles égyptiennes choisissent de vivre à l’occidentale loin de toutes normes égyptiennes. Ils y trouvent l’ambiance plus adéquate pour faire grandir leurs enfants loin des embouteillages et de la pollution du Caire. Une fois installés dans une de ces villes, ils n’en sortent presque pas puisque rien n’y manque. "Même mon coiffeur est au coin de la rue", s’amuse Racha
Le couple Racha et Mohamed a fait des économies pendant plusieurs années pour s’offrir cette villa. Racha est conseillère au ministère de l’Economie et touche un bon salaire ainsi que son mari, propriétaire d’une entreprise.  
Ils peuvent donc se permettre ce type de villas à Katameya, dont le prix s’élève en moyenne à plusieurs millions de livres, et peut atteindre des millions d’euros.
Pour les familles de classe moyenne, dont les revenus mensuels ne dépassent pas les 5.000 livres égyptiennes (environ 600 euros), elles ne peuvent même pas s’imaginer un tel palace.
Choisir un autre cadre de vie est possible pour certains, mais reste le rêve de milliers d'autres et plus encore. "Nous jouissons vraiment de notre vie ici. Chose qui manque à beaucoup de familles égyptiennes", concluent Racha et Mohamed.

Nora DARDIR. (
www.lepetitjournal.com - Le Caire) mercredi 5 mars 2008
Par Plume de Nora Dardir - Publié dans : Egyptosphère
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 28 février 2008

2-copie-1.jpg Vers la route de Katameya, au désert autour du Caire, Solaris est né. Premier club en Egypte visant à créer une communauté exclusivement féminine. Il ne cible n’importe quelle femme, mais celle des classes aisées.

Pas une petite, pas une modeste, les voitures garées devant l’entrée sont toutes grandes et neuves ! Les chauffeurs sont dedans, ou reviendront à la fin de la journée.
Soleil et chaleur, à l’extérieur, les chauffeurs transpirent et s’ennuient. A l’intérieur, les femmes s’éclatent bien et passent de bons moments.
Effectivement, le gardien est le dernier homme présent, avant de mettre les pieds dans ce monde uniquement féminin.
Simple et moderne, le décor est gai, salles éclairées, par cette lumière naturelle qui inonde tout le village.
A l’entrée, deux jeunes filles accueillent les invitées, elles les guident pour les aider à ne pas se perdre dans ce grand complexe.
A la réception, un groupe de jeunes femmes présentent le club et ses activités aux intéressées. Les brochures sont rédigées en une seule langue : l’anglais.
Les prix se récitent : Passer une journée coûte 160 LE et l’abonnement se fait pour 5000 LE par an.
Toutes les femmes passent aux vestiaires d’abord pour se changer afin de s’intégrer à la majorité. Une femme voilée, toute couverte, entre, et sort toute suite après en tenue très sexy. Cheveux teintés, jean serré et top moulant et décolleté. Très difficile de les reconnaître.
Cheveux roux, corps svelte et tenue élégante, Mme Lobna, 34 ans, la fondatrice avoue qu’
« elle a eu l’idée de créer une sorte de club où les femmes peuvent trouver ce qu’elles cherchent dans la société mixte : tout simplement la liberté.»

3.jpg Une clientèle gâtée  
Jus, gâteaux et pâtés, le buffet est tout prêt. Les femmes y passent puis sortent en plein air, pour rêver, pour respirer. Là où la piscine occupe la majorité de la place, de larges poufs sont placés à l’entour.
Les serveuses passent et repassent pour prendre les commandes : Citron à la menthe ou thé parfumé, ici tout est étudié. 
Deux jeunes chanteuses et une pianiste, rendent l’ambiance plus vive et chaleureuse avec leurs chansons anglaises ou parfois arabes et avec leur sourire.
La propriétaire surveille de près, ce qui se passe dans son royaume, elle est fière de son projet en partenariat avec son époux et son frère : "mon projet vise à regrouper une tranche distinguée de la société égyptienne pour en créer une communauté qui agit positivement dans leur milieu» lance Mme Lobna. Et par conséquent, la haute qualité des services et des activités correspond forcément 
au niveau de vie de cette clientèle.
Somme toute, ici, le luxe est garanti : massage, hammam,  méditation, centre de fitness, cours de danse, yoga, thérapie de stress ou de fatigue, magasin, et un salon de beauté... Au final, Solaris ne fournit pas seulement le divertissement, mais aussi aide les femmes à se sentir bien dans leurs peaux et "leur offre la chance d’être membres actives dans la société", conclut Mme Lobna.

Nora DARDIR (
www.lepetitjournal.com - Le Caire) mardi 26 février 2008

Par Plume de Nora Dardir - Publié dans : Egyptosphère
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 21 février 2008
Selon une étude officielle, l’Egypte compterait quelques six millions de toxicomanes, soit 8,5% de la population. Un bon terrain pour toutes sortes de narcotiques : l’Egypte consomme et produit . Les jeunes de 15 à 25 ans sont les plus touchés. Témoignages

drug.gif Les paradis artificiels des jeunes Egyptiens (I): l'histoire de Karim
"C'est exagéré. Six millions de toxicomanes c'est énorme. En plus, Il ne faut pas confondre : tous ceux qui se droguent ne sont pas des toxicos", lance Karim, 23 ans. Le jeune homme s'est drogué pendant quatre ans. C'est avec un ton calme, mêlé de tristesse, qu'il raconte son expėrience, sa souffrance plutôt. Il y a deux ans, ’il a décidé d'arrêter. "Je ne voulais pas ressembler à un chien qui ne peut pas vivre sans son morceau de viande" raconte-t-il. "Mais de temps à autre, une petite dose fait du bien", reconnaît il dans un sourire.  
Selon un rapport du Conseil national de lutte contre la dépendance à la drogue (NCFTA), l'Egypte compterait quelque six millions de toxicomanes, soit 8,5% de la population. D'après cette enquête, 12,2% des lycéens interrogés ont déclaré se droguer. Karim y voit le symptôme du malaise d'une génération sans avenir, effrayée par le chômage qui se plonge dans la drogue pour lutter contre l'ennui.


Partager un plaisir dangereux
Pou lui tout commence en première année de fac. Tout le monde se drogue, garçons et filles "alors pourquoi pas moi ?", confie-t-il. Il essaye presque tout : le bango (l'herbe locale), l'héroïne et surtout le "hash", dit-il avec un accent anglais prononcé, comme une marque d'un langage à part. Le haschich est le plus consommé par les classes populaires et moyennes égyptiennes. Moins cher, il rend les jeunes plus cool et les problèmes plus simples. C'est pour ces raisons que Karim l’a choisi. Cultivé dans le désert égyptien, c'est un produit local, accessible à tous les jeunes.  
Les ados se regroupent par cinq, chacun paye de 25 à 50 LE pour le consommer ensemble. Pour passer un bon moment, pour devenir d’autres personnes.
Au Caire, les drogues coûtent plus cher. Un "coin", "une pièce" de haschich vaut 100 LE, contre 35 LE à Alexandrie. Certains jeunes voyagent pour le ramener à bas prix d’Alexandrie ou du Fayoum. "Plus on se rapproche de la source, ports ou désert, plus le prix baisse", explique Karim. "Je ne suis pas un toxico. Avant oui mais maintenant non ! A Ramadan, par exemple, j'ai tout arrêté. Pour le respect de ce mois sacré. Les toxicomanes, par contre, ne le  peuvent pas" assure Karim.

Les paradis artificiels des jeunes Egyptiens (II) : drogues high class
Walid préfère l’héroïne. Ce jeune diplômé fait partie d’une autre classe sociale. Celle des riches, ou les goûts et les genres changent. Ses traits sont purement égyptiens. Cheveux noirs, teint foncé, mais pas son look :  jean large et haut moulant. Il parle rarement en arabe. C’est en anglais qu’il fait ses études dans une grande université internationale du Caire où les droits d'inscriptions représentent plusieurs milliers de livres égyptiennes. "L’héroïne n’est pas mal du tout, elle me laisse dans un bon état : je me sens relaxé. Au contraire, le bango me fait tout oublier, et ça crée des problèmes. Je peux frapper quelqu’un s’il m’énerve," dit Walid. L'héroïne l'accompagne dans toutes ses sorties. Il affirme la consommer pour goûter au vrai plaisir de la vie. Elle est presque de toutes ses soirées.

Livrés à domicile
Une autre sorte de drogue est très répandue pour la jeunesse égyptienne dorée, celle qui a les moyens : l’huile de Haschich. Une petite bouteille en verre, dont le contenu s’étale sur une cigarette. Pour les concerts, les fêtes et les discothèques :  "Il ne faut pas rater les ‘pills’, une sorte de comprimé. Ce genre nous laisse survoltés et hyper contents", détaille Walid. 
Un comprimé coûte environ 130 LE. A commander, car ils les ramènent de l’Europe. Qui ? Les dealers. A entendre Walid, Ils sont partout, ils se reconnaissent aisément : "Ils nous facilitent la tâche. A Maadi par exemple, on commande nos doses par téléphone. Mais service de livraison est réservé aux habitants du quartier."  Partout, les dealers font de leur mieux pour être accessibles, sur le chemin de la côte Nord par exemple, destination courue de vacances et de fiestas. Les dealers attendent leurs victimes. "On leur fait deux fois des appels de phare et on se gare. Ils viennent nous donner ce que nous voulons", affirme Walid. Comme Karim, il ne s'alarme pas des chiffres de la consommation en Egypte. Il pense que presque tous les jeunes Egyptiens se droguent, "comme tous les jeunes sur la planète Terre : de temps à autre".
Ces témoignages désabusés sont à des kilomètres des discours officiels qui refusent généralement de reconnaître le problème et vont jusqu'à nier l’existence des drogues en Egypte. 

Nora DARDIR. (www.lepetitjournal.com)
Par Plume de Nora Dardir - Publié dans : Egyptosphère
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 21 février 2008
"Le jour de mon excision était un cauchemar." A 25 ans, Afaf, jeune de Menya, un gouvernorat au Sud de l’Egypte, raconte un incident qui a marqué toute sa vie : être excisée publiquement. Elle n’est pas la seule, presque toutes les filles de cette zone font face à cette même torture physique humiliante

filles.jpg "J’avais dix ans, quand une femme est venue nous forcer à ne pas bouger pour quelques secondes..." C’est avec ces mots que Afaf a commencé son histoire...
En ce jour là, à l’école, le directeur a obligé toutes les fillettes ayant dix ans à obéir à cette dame soi-disant soignante. Sans les prévenir, ni les anesthésier ; les blesser semble être normal pour toute l’équipe enseignante aussi bien que pour leurs parents.
Les yeux en larmes, Afaf se souvient : "Mon tour s’approche, je m’étrangle. Couteau à la main, regard fixé sur une seule partie de mon corps, deux personnes me retiennent des bras, en m’arrachant sévèrement la jupe. Et la sage-femme commence son travail".
Les cris des autres écolières étaient suffisants pour effrayer Afaf. De plus, sa santé était tellement fragile qu'elle a eu de graves problèmes après cette opération dont elle ignore les raisons. Elle explique : "Je ne pouvais pas uriner et j’avais eu un flux de sang énorme." Afaf n’a pas pu sortir de chez elle durant un mois. Tellement humiliée, elle avait honte du regard des autres.

Un devoir, une coutume
A Menya, et surtout dans ses quartiers pauvres où l’ignorance des règles sanitaires règne, exciser les fillettes est une "nécessité". Les mères le font afin de "garder la pudeur de leurs filles". Selon Om Ashraf, qui a été elle-même excisée, une telle pratique vise à protéger sa propre fille : "Je veux que ma fille soit polie, je ne veux pas qu’elle cherche à intéresser les garçons."
La plupart des mères à Menya pensent pareillement, elles imaginent qu’exciser leurs filles est un devoir mais aussi une coutume. Et là où les habitudes s’appliquent strictement, les cœurs meurent et les mentalités s’arrêtent. Même si ça va leur coûter la vie d’un être cher, elles ne font que continuer à défendre ce qui leur semble être un devoir...
Avec une voix faible, Afaf poursuit : "Je veux que mes parents comprennent comment ils ont négativement marqué ma vie, jusque maintenant et après 15 ans, je souffre de ce qui m’est arrivé, je pleure et je le regrette énormément."   
Par contre, certaines mères ont décidé de commencer par leurs familles pour arrêter de telles pratiques et pour en faire l’exemple. Grâce aux efforts de quelques jeunes éduquées, comme Afaf, et quelques émissions de télévision luttant contre l’excision.
Afaf est actuellement volontaire dans une ONG à Menya, qui lutte contre la pratique de l’excision sur les fillettes de cette zone. "Moi, le jour de mon excision était un cauchemar, je ne veux pas que ça se reproduise pour les autres filles, et sûrement pas ma fille", conclut-elle.

Nora DARDIR. (
www.lepetitjournal.com )
Par Nora Dardir - Publié dans : Egyptosphère
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 21 février 2008
Décrire le quotidien d’un quartier misérable peut-être choquant pour certains, mais pour d'autres, le film de Khaled Youssef Hina May’sara, ou "Quand ça sera possible...", constituera un réveil brutal mais salutaire. Khaled Youssef y illustre les «Ashwaeyat», les quartiers informels, qui se multiplient avec leurs problèmes de jour en jour en Egypte.

undefined Dans une de ces zones urbaines, Adel (Amr Saad, dont la performance est remarquable), est un jeune au chômage incapable de nourrir sa famille. Il n’est pas le seul, tous ses voisins vivent pareillement. Adel refuse d’héberger son amante Nahed (Somaya El-Khashab), dès qu’il apprend qu’elle est enceinte. La jeune fille doit abandonner son bébé dans un bus pour trouver un toit. Un peu plus tard, son fils devient père à son tour, et vit avec son amie adolescente, sans abri comme lui.

Ce drame hors pair a des airs de documentaire. Le réalisateur traite en quatre volets quatre questions avec une alternance magnifique : la pauvreté, la prostitution, les enfants des rue et la cruauté policière vis-à-vis les démunis.

Scandale et polémique

Hina May'sara offre un panorama de la vie des marginaux dans la société égyptienne. Ceux-ci le savent très bien, ils viennent sur terre et passent invisibles à côté des plus forts, comme le souligne le film ironiquement. Le regard du réalisateur est très concret sur de nombreuses difficultés de l'existence de ses personnages mais reste neutre. Bien rédigé, le scénario laisse croire que ce dialecte familier, gouaille de voyou cruelle, correspond aux personnages de cette petite zone informelle.

Le titre du film est métaphorique que les rêves des pauvres sur terre risque de se réaliser difficilement, un jour... ou l'autre ou plutôt « Quand les poules auront des dents ». «Quand ça sera possible », Adel aura de l’argent pour nourrir sa famille. Il cherchera Nahed pour se marier avec elle. Et Nahed retrouvera son enfant pour le garder avec elle et ne plus se vendre contre paiement...

Le film a provoqué un tollé du côté de religieux choqués par un baiser donné à Nahed  par une femme et qui a fait scandale. Les réactions ont également porté sur la transparence avec laquelle Khaled Youssef a traité son sujet.

La fin est pessimiste mais symbolique : le père, la mère et leurs fils s’évadent sans se retrouver, pour se perdre dans une vie qui ne traite pas les humains sur le même pied d’égalité.

Le film est très fort sur les deux niveaux : contenu et forme, ce qui laisse dire que le disciple a peut-être excellé pour dépasser sont enseignant : chapeau-bas Khaled ! 

Nora Dardir (www.lepetitjournal.com)

Par Nora Dardir - Publié dans : Egyptosphère
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 21 février 2008
le_choas_haut1.jpg Ce n’est pas un hasard si «Le Chaos» et «Hina May’sara» font un tabac en Egypte. Ces deux long-métrages très réussis sont en effet réalisés par le talentueux Khaled Youssef, coréalisateur du premier film avec Youssef Chahine. Ces films ont aussi provoqué des réactions bouillonnantes surtout du côté gouvernemental et religieux. 

A Choubra, un des quartiers populaires du centre-ville du Caire, Hatem (joué par l’excellent Khaled Saleh), est un officier de police véreux aux méthodes arbitraires. Il décide d'emprisonner un criminel ou de le libérer, distribue des permis de conduire contre des pots de vins. Hatem, lui-même, vit dans un chaos sentimental énorme. Détesté dans son quartier, tout le monde le craint sauf sa jeune voisine Nour (Mena Chalabi), dont il est amoureux. Si le jour, l’officier est capable de torturer sans pitié des jeunes prisonniers, le soir en civil, il pleure son impuissance à gagner le cœur de sa bien-aimée. Hatem la voudrait pour lui. Elle le refuse: il la viole. Un mélodrame où toutes sortes de sentiments se mélangent : haine, peur, amour, pitié, force, faiblesse et cruauté.

Ceux qui aiment la métaphore pourront voir dans le personnage de Hatem l’injustice des régimes qui menacent la population au nom de la discipline pour étouffer toute liberté. Mais aussi la faiblesse qui se transforme en tyrannie chez une personne qui se sent pour la première fois incapable d’achever un but.

Distribué en 45 copies et actuellement à l’affiche aussi en France, le film a eu un grand succès en Egypte. A 81 ans, Youssef Chahine prouve qu’il reste capable de donner une profondeur philosophique et une intrigue dramatique dans le scénario et les dialogues.

Personnalités complexes

Les personnages de Chahine sont toujours symboliques et reflètent les différents aspects de la compexité de l’âme égyptienne. Une personnalité qui balance entre l’amour et la tyrannie, comme chez Hatem qui venge son dépit amoureux sur les prisonniers dans les cellules de son centre de police. Mais aussi qui balance entre l’amour et la haine comme chez Nour qui refuse l’un, Hatem, et convoite les faveurs d’un autre, Chérif le procureur. On peut regretter que quelques scènes du début perdent le spectateur et n’apportent pas grand-chose à l’histoire. Comme celle du procureur avec sa première fiancée, qui avorte pour ne pas grossir et perdre sa beauté.

A sa sortie, le film a déclenché de fortes réactions réclamant l’interdiction de sa diffusion dans les salles. Surtout du côté du gouvernement qui n’a pas apprécié certaines scènes très critiques à l’égard du régime. Du côté religieux aussi qui a vu en ce film un regard trop osé sur la société égyptienne, comme celui qui est posé sur la vie des prostituées à l’intérieur de la prison du poste de police. Inattendue, la fin du film donne un regard positif sur tout un peuple qui se mobilise finalement pour se débarrasser de celui qui trouble leur liberté : Hatem.

Nora Dardir (www.lepetitjournal.com)

Par Nora Dardir - Publié dans : Egyptosphère
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 21 février 2008

Comme le marché aux puces de Paris, "Souk El-Gomaa " attire des dizaines de milliers d'amateurs. Le souk est ouvert trois jours par semaine, mais le vendredi  est particulièrement couru. On y trouve de tout, même des animaux...

undefined Sur la route qui mène à l'autostrade, le pont El-Tounsy relie le vieux Caire avec le reste de l’Egypte. Il ne suffit pas de passer par ce pont pour découvrir le Bazar. Mais il faut se rendre au dessous, là où un autre monde vit entre les cimetières coupés par la route.
Loin de la grandeur de la Citadelle éloignée de quelques centaines de mètres, et loin de l’ambiance touristique, "Souk El-Gomaa", ou le marché du vendredi, se distingue par un air purement populaire. Son toit est le pont, les vêtements sont accrochés à des cintres de fortune fait de bidons de plastique ou  de bois, et la foule est dense. Les vêtements sont de fausses marques peut-être, mais tout est à bon marché.


Des milliers de visiteurs chaque semaine
Ouvert trois jours par semaine, mercredi, jeudi, et vendredi, qui est un jour d'affluence particulière, le souk ne manque de rien. Tout ce que l’on peut imaginer existe : vêtements, chaussures, meubles, objets de décorations, lustres, animaux, céramiques, etc.
Le souk attire des dizaines de milliers de visiteurs chaque semaine. La plupart sont issus des classes moyennes et populaires. Les produits ne sont pas neufs, mais quelques uns sont en bon état. D’ailleurs, un bon nombre de touristes ou d’étrangers résidant en Egypte y font leurs courses.
De même, il existe quelques stands avec des objets appartenant à la "belle époque" : radios, gramophones, saxophones, etc. Le cuivre ne brille plus mais avec un simple nettoyage, le saxophone redevient tout neuf, et se négocie plus de 1000LE. Les cadres sont un peu cassés, mais ne perdent jamais leur valeur. Ce qui y frappe immédiatement : les étalages de photos et de timbres. Ces clichés d’une époque qui n’existe plus, gardent un charme. Ces photos en noir et blanc parlent d’elles-mêmes : un monsieur coiffé d'un tarbouche, une famille sur la plage, une autre réunie pour un mariage. Certaines photos sont minutieusement dédicacées, elles ne coûtent que 5 LE... puis 3 LE, suite à une simple négociation.

Un vendeur amateur

2.jpg Les marchands de Souk El-Gomaa ne sont pas tous originaires du Caire, la plupart sont venus il y a des années des campagnes égyptiennes pour gagner leur vie.
Am Salah est originaire du sud de l’Egypte, il y a longtemps qu’il habite au Caire. "Là où j’habitais, je ne trouvais même pas l’argent nécessaire pour nourrir ma famille" lance Am Salah. Son coin se distingue par des objets rares : un projecteur des années 70 sert de décor. Il parle avec une sagesse qui laisse prévoir son âge : 70 ans. Son jeune fils l’aide à vendre son propre trésor. "Chaque dimanche, je vais à Shubra où se trouvent les stocks des meubles antiques, j’achète tout ce que je veux" dit-il. Chez Am Salah, il existe de vraies pièces introuvables. Il sait très bien qu’elles valent des milliers de livres mais pour ce collectionneur, la vie lui a tout donné. "Moi, j’ai gagné tout ce que je voulais de ma vie. J’ai aidé mes filles à se marier, et je ne veux plus rien" affirme le vieux vendeur.

Nora DARDIR. (www.lepetitjournal.com - Le Caire)
Par Nora Dardir - Publié dans : Egyptosphère
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 21 février 2008
0.jpg Deuxième hôpital au monde pour le traitement du cancer chez l'enfant,  l’hôpital 57357 a vu le jour en juillet dernier, grâce à de nombreux dons. Les petits patients sont pris en charge gratuitement et bénéficient de très bons équipements et de médecins extrêmement qualifiés   

"Pourrais-je avoir une barre de chocolat?" demande une petite voix à deux visiteurs qui font le tour de l’hôpital. Guerguis,4 ans, est un petit garçon charmant : yeux verts, teint mat... et une petite tête rasée. Comme tous les enfants ici, il est atteint du cancer et la chimiothérapie fait tomber ses cheveux. Guerguis prend sa barre de chocolat, lance un sourire innocent à ses bienfaiteurs et s’en va, sa mère l’attend non loin de là. Elle n’est pas la seule, les parents sont nombreux à la réception. L’hôpital est ouvert à tous : étrangers et Egyptiens. Un bon nombre vient de la campagne, où les conditions d'hygiène laissent à désirer. Les soins physiques et psychologiques sont accordés gratuitement à toutes les familles. Ici, les enfants suivent leur traitement dans une ambiance confortable : l’hôpital est très propre et des couleurs gaies s'offrent au regard des enfants qui semblent si fatigués. Dans l’hôpital,  ils peuvent se promener sans problème. Les salles sont équipées de jouets variés. Mostafa roule avec sa petite bicyclette, Iman joue aux puzzles et Mohamed est absorbé par une partie de Playstation.  Les parents et l’équipe médicale ont un seul but : soulager la souffrance que rencontrent ces petits malades. Contrairement à ceux qui jouent, Allaa, une fillette de 2 ans, ne peut pas bouger. Epuisée, elle plonge dans son lit, tellement faible, si petite pour le remplir. Sa mère l’accompagne, et l’hôpital se charge d’eux : "Depuis que nous sommes venus, nous  n'avons rien payé, ils s’occupent bien de nous ici", lance la mère d’Allaa. 

5.jpg Un travail collectif
A la sortie de la chambre, les enfants sont assis en cercle, chacun obtient son traitement à travers un appareil relié à une de leur main. Télé ouverte, silence total. Certains sont éveillés, d’autres dorment. Les appareils sont roulants pour qu’ils puissent se déplacer avec. Même ceux qui souhaitent jouer dans une autre salle sont accompagnés par cet appareil bien plus haut que leurs têtes. L’hôpital reçoit 2000 nouveaux cas par an de toutes les nationalités, certains sont obligés de rester, d’autres viennent seulement pour avoir leur traitement et repartent au même jour. Quant aux aides, 25% des dons viennent de l’étranger et 75%  sont purement égyptiens. En outre, l’hôpital encourage les jeunes volontaires à participer pour soulager ces enfants. Ahmed Abdel Moneim, responsable des relations publiques affirme que :"Grâce aux dons des volontaires et à une équipe d’environ 700 médecins et fonctionnaires le projet a réussi." Même le nom de l’hôpital: ”57357" est celui du numéro de compte des banques, ce qui facilite la tâche aux donateurs. De même, les vedettes nous aident à faire les publicités nécessaires à la télé. En outre, l’hôpital est muni d’une salle d’événements destinée au divertissement des enfants : "Tamer Hosni, la star des jeunes, vient fréquemment chanter, les enfants l’adorent. En somme, ici le travail est un travail de groupe, chacun contribue à sa façon", conclut il.                                                                               
 
 Nora Dardir, (www.lepetitjournal.com, Le Caire)

Par Nora Dardir - Publié dans : Egyptosphère
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Présentation

  • : Plume de Nora Dardir
  • noradardir
  • : Actualité
  • : Marhaba sur mon blog:) Je suis une traductrice et une journaliste égyptienne et très francophone et je veux tout changer dans mon pays et ailleurs! Voici mes articles publiés... C'est à vous de juger... Bonne lecture Noradardir@yahoo.com
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus