Elle a 32 ans, originaire du Charkia, un gouvernorat au nord du Caire, et elle a été nommée notaire, un poste occupé uniquement par les hommes. La nomination
d’Amal Soliman, fait d’elle la première femme "Maazouna" du monde arabe et musulman. Une première qui fait bouger l’Egypte, et crée la polémique
"Ce n’est pas un poste pour les femmes" lance le fonctionnaire au département des maazouns à Amal en rejetant son dossier. Choquée, Amal tente de
mieux expliquer son cas auprès du procureur, mais celui-ci lui répond "Je vous conseille de vous rendre au département chargé des maazouns au Caire pour mieux vous informer."
En fait, parmi les onze candidats présentés, Amal était la plus qualifiée : avec deux diplômes, l’un en droit général, l’autre en droit pénal, et un magistère.
Obstinée, elle avait décidé de se battre jusqu'à la fin puisque la Constitution garantit l’égalité des sexes. Amal n'a pas lâché prise. Elle est maintenant la première maazouna du
monde arabe et musulman.
Flash-back : Le maazoun apparaît souvent dans les films arabes anciens : Avec sa Galabeya, son Emma (turban) sur la tête et son carnet dans les
mains, il vient réciter les versets du Coran en joignant les deux mains du couple pour finaliser l’union lors des mariages.
Cette image-là n’existe plus en réalité. Sauf que les médias continue à l’utiliser comme une source d’humour. "Les gens ont toujours en tête le Maazoun Azhari. Il s’agit d’une tradition qui
date de très longtemps. Et qui n’a rien à voir avec la Charia." explique Taha Al-Ghamri, mari d’Amal et chercheur dans une société d’investissement.
Effectivement, l’oncle de Taha, était maazoun, et lors d’une discussion familiale suite à sa mort, l’idée de le remplacer plaisait à la famille.
Les polémiques se déclenchent
Avec l’aide et le soutien de son mari, Amal a pu obtenir le témoignage de 10 personnes pour affirmer sa bonne réputation, chose requise par la police pour devenir Maazoun.
Les opposants sont multiples, surtout du côté des hommes. M. Cherif Abdel Meguid, directeur du téléphone islamique des fatwas affirme : "Ca ne me dérange pas d’apprendre qu’une femme devient
maazouna, mais il est hors question de lui confier les procédures du mariage de ma fille."
D’autres Cheikhs sont allés même plus loin, surtout ceux d’Al-Azhar, qui voient en la nomination d’Amal une contradiction à l’Islam : "Il n'existe pas vraiment de textes religieux
interdisant à une musulmane d'être maazouna" mais "quand la femme est en période de menstruation, elle n'a pas le droit d'entrer dans les mosquées, ni de lire le Coran."
Par contre, pour Amal et son mari, des opinions pareilles ne servent qu’à refuser aux femmes en tant que femme de changer une tradition ancrée depuis longtemps dans la société.
Déjà, elle souligne le fait que la plupart des mariages ne se déroulent pas à la mosquée. Et les versets du Coran ne constituent pas l’un des éléments essentiels pour faire un mariage.
Pourtant, "Si une certaine famille exige que le mariage soit nécessairement à la mosquée, ce qui est vraiment rare, et que je sois en période des règles, je ferai appel au cheikh de la
mosquée pour me remplacer seulement en ce jour-là" conclut Amal.
Nora DARDIR (www.lepetitjournal.com - Le
Caire) vendredi 21 mars 2008
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