Le film Hina May’sara

Publié le par Nora Dardir

Décrire le quotidien d’un quartier misérable peut-être choquant pour certains, mais pour d'autres, le film de Khaled Youssef Hina May’sara, ou "Quand ça sera possible...", constituera un réveil brutal mais salutaire. Khaled Youssef y illustre les «Ashwaeyat», les quartiers informels, qui se multiplient avec leurs problèmes de jour en jour en Egypte.

undefinedDans une de ces zones urbaines, Adel (Amr Saad, dont la performance est remarquable), est un jeune au chômage incapable de nourrir sa famille. Il n’est pas le seul, tous ses voisins vivent pareillement. Adel refuse d’héberger son amante Nahed (Somaya El-Khashab), dès qu’il apprend qu’elle est enceinte. La jeune fille doit abandonner son bébé dans un bus pour trouver un toit. Un peu plus tard, son fils devient père à son tour, et vit avec son amie adolescente, sans abri comme lui.

Ce drame hors pair a des airs de documentaire. Le réalisateur traite en quatre volets quatre questions avec une alternance magnifique : la pauvreté, la prostitution, les enfants des rue et la cruauté policière vis-à-vis les démunis.

Scandale et polémique

Hina May'sara offre un panorama de la vie des marginaux dans la société égyptienne. Ceux-ci le savent très bien, ils viennent sur terre et passent invisibles à côté des plus forts, comme le souligne le film ironiquement. Le regard du réalisateur est très concret sur de nombreuses difficultés de l'existence de ses personnages mais reste neutre. Bien rédigé, le scénario laisse croire que ce dialecte familier, gouaille de voyou cruelle, correspond aux personnages de cette petite zone informelle.

Le titre du film est métaphorique que les rêves des pauvres sur terre risque de se réaliser difficilement, un jour... ou l'autre ou plutôt « Quand les poules auront des dents ». «Quand ça sera possible », Adel aura de l’argent pour nourrir sa famille. Il cherchera Nahed pour se marier avec elle. Et Nahed retrouvera son enfant pour le garder avec elle et ne plus se vendre contre paiement...

Le film a provoqué un tollé du côté de religieux choqués par un baiser donné à Nahed  par une femme et qui a fait scandale. Les réactions ont également porté sur la transparence avec laquelle Khaled Youssef a traité son sujet.

La fin est pessimiste mais symbolique : le père, la mère et leurs fils s’évadent sans se retrouver, pour se perdre dans une vie qui ne traite pas les humains sur le même pied d’égalité.

Le film est très fort sur les deux niveaux : contenu et forme, ce qui laisse dire que le disciple a peut-être excellé pour dépasser sont enseignant : chapeau-bas Khaled ! 

Nora Dardir (www.lepetitjournal.com)

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Publié dans Egyptosphère

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