Les paradis artificiels des jeunes Egyptiens

Publié le par Plume de Nora Dardir

Selon une étude officielle, l’Egypte compterait quelques six millions de toxicomanes, soit 8,5% de la population. Un bon terrain pour toutes sortes de narcotiques : l’Egypte consomme et produit . Les jeunes de 15 à 25 ans sont les plus touchés. Témoignages

drug.gifLes paradis artificiels des jeunes Egyptiens (I): l'histoire de Karim
"C'est exagéré. Six millions de toxicomanes c'est énorme. En plus, Il ne faut pas confondre : tous ceux qui se droguent ne sont pas des toxicos", lance Karim, 23 ans. Le jeune homme s'est drogué pendant quatre ans. C'est avec un ton calme, mêlé de tristesse, qu'il raconte son expėrience, sa souffrance plutôt. Il y a deux ans, ’il a décidé d'arrêter. "Je ne voulais pas ressembler à un chien qui ne peut pas vivre sans son morceau de viande" raconte-t-il. "Mais de temps à autre, une petite dose fait du bien", reconnaît il dans un sourire.  
Selon un rapport du Conseil national de lutte contre la dépendance à la drogue (NCFTA), l'Egypte compterait quelque six millions de toxicomanes, soit 8,5% de la population. D'après cette enquête, 12,2% des lycéens interrogés ont déclaré se droguer. Karim y voit le symptôme du malaise d'une génération sans avenir, effrayée par le chômage qui se plonge dans la drogue pour lutter contre l'ennui.


Partager un plaisir dangereux
Pou lui tout commence en première année de fac. Tout le monde se drogue, garçons et filles "alors pourquoi pas moi ?", confie-t-il. Il essaye presque tout : le bango (l'herbe locale), l'héroïne et surtout le "hash", dit-il avec un accent anglais prononcé, comme une marque d'un langage à part. Le haschich est le plus consommé par les classes populaires et moyennes égyptiennes. Moins cher, il rend les jeunes plus cool et les problèmes plus simples. C'est pour ces raisons que Karim l’a choisi. Cultivé dans le désert égyptien, c'est un produit local, accessible à tous les jeunes.  
Les ados se regroupent par cinq, chacun paye de 25 à 50 LE pour le consommer ensemble. Pour passer un bon moment, pour devenir d’autres personnes.
Au Caire, les drogues coûtent plus cher. Un "coin", "une pièce" de haschich vaut 100 LE, contre 35 LE à Alexandrie. Certains jeunes voyagent pour le ramener à bas prix d’Alexandrie ou du Fayoum. "Plus on se rapproche de la source, ports ou désert, plus le prix baisse", explique Karim. "Je ne suis pas un toxico. Avant oui mais maintenant non ! A Ramadan, par exemple, j'ai tout arrêté. Pour le respect de ce mois sacré. Les toxicomanes, par contre, ne le  peuvent pas" assure Karim.

Les paradis artificiels des jeunes Egyptiens (II) : drogues high class
Walid préfère l’héroïne. Ce jeune diplômé fait partie d’une autre classe sociale. Celle des riches, ou les goûts et les genres changent. Ses traits sont purement égyptiens. Cheveux noirs, teint foncé, mais pas son look :  jean large et haut moulant. Il parle rarement en arabe. C’est en anglais qu’il fait ses études dans une grande université internationale du Caire où les droits d'inscriptions représentent plusieurs milliers de livres égyptiennes. "L’héroïne n’est pas mal du tout, elle me laisse dans un bon état : je me sens relaxé. Au contraire, le bango me fait tout oublier, et ça crée des problèmes. Je peux frapper quelqu’un s’il m’énerve," dit Walid. L'héroïne l'accompagne dans toutes ses sorties. Il affirme la consommer pour goûter au vrai plaisir de la vie. Elle est presque de toutes ses soirées.

Livrés à domicile
Une autre sorte de drogue est très répandue pour la jeunesse égyptienne dorée, celle qui a les moyens : l’huile de Haschich. Une petite bouteille en verre, dont le contenu s’étale sur une cigarette. Pour les concerts, les fêtes et les discothèques :  "Il ne faut pas rater les ‘pills’, une sorte de comprimé. Ce genre nous laisse survoltés et hyper contents", détaille Walid. 
Un comprimé coûte environ 130 LE. A commander, car ils les ramènent de l’Europe. Qui ? Les dealers. A entendre Walid, Ils sont partout, ils se reconnaissent aisément : "Ils nous facilitent la tâche. A Maadi par exemple, on commande nos doses par téléphone. Mais service de livraison est réservé aux habitants du quartier."  Partout, les dealers font de leur mieux pour être accessibles, sur le chemin de la côte Nord par exemple, destination courue de vacances et de fiestas. Les dealers attendent leurs victimes. "On leur fait deux fois des appels de phare et on se gare. Ils viennent nous donner ce que nous voulons", affirme Walid. Comme Karim, il ne s'alarme pas des chiffres de la consommation en Egypte. Il pense que presque tous les jeunes Egyptiens se droguent, "comme tous les jeunes sur la planète Terre : de temps à autre".
Ces témoignages désabusés sont à des kilomètres des discours officiels qui refusent généralement de reconnaître le problème et vont jusqu'à nier l’existence des drogues en Egypte. 

Nora DARDIR. (www.lepetitjournal.com)
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Publié dans Egyptosphère

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